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Humeur


Dans cette recherche d’authenticité, le préalable consiste à respecter le terroir par un travail des vignes qui respecte les équilibres naturels (faune, flore et vie microbienne) tant au niveau du sol que de l’environnement de la vigne. Dans ces conditions, les raisins seront à même d’exprimer pleinement le caractère du vignoble, si bien sûr les vinifications préservent et mettent en valeur les qualités de la récolte.
Dans ces conditions, le choix de l’assemblage est le prolongement logique de cette démarche. Ainsi, le vin n’exprimera plus le style d’un cépage donné mais permettra de jouer de la complémentarité entre les différentes variétés et les terroirs du vignoble. Dans cet esprit, nous pourrons tendre vers une quête de typicité, d’équilibre et d’élégance, équation qui constitue notre Graal.
Pour illustrer cette démarche, il est un exemple que nous commençons à connaître assez bien: notre vignoble. Nous l’avons choisi pour la diversité des terroirs qu’il offre avec des sols de schistes, d’argilo-calcaires et de grès avec des expositions et des altitudes différentes (150 à 300 m). A ceci s’ajoute la variété des cépages que nous autorise l’appellation St-Chinian (Carignan, Grenache, Mourvèdre et Syrah) et nous permet ainsi de vinifier une palette de vins très variée. Elle est très intéressante à déguster isolément, toutefois les complémentarités entre les vins favorisent par l’assemblage un gain de complexité, d’élégance et surtout d’équilibre. Prenons un cas plus précis: un Grenache sur sol de schistes exprime des arômes très typés et puissants dans un vin très souple, riche en alcool et peu coloré. A contrario, un Carignan sur argilo-calcaire exprime un bouquet plus discret dans un registre épicé avec une structure dense, une couleur soutenue et une teneur en alcool plus faible. Dans l’assemblage de ces deux vins, le caractère de chacun d’entre eux se verra plus civilisé. Ainsi, de deux vins plaisants, au caractère bien marqué, on obtiendra un vin au bouquet harmonieux et plus complexe, appuyé sur une charpente élégante et racée. Dans ce genre d’exercice les possibilités sont innombrables et l’assemblage permet d’exprimer avec finesse les richesses d’un vignoble.

C’est ainsi, avec cette démarche, qu’il nous plait de créer des vins uniques, reflets de leurs origines. N’est-ce pas un très bon remède contre une uniformisation des goûts et la morosité qu’insidieusement elle engendre ? Espérons que cette vision du métier de vigneron, aux antipodes d’une industrialisation du vin qui nous attriste (mais qui économiquement est aujourd’hui très attractive), mobilise un maximum d’acteurs tant producteurs que distributeurs et consommateurs.


NB: voir Mondovino, le film de Jonathan Nociter.

Cyril, Mars 2005

Texte paru sur le site québécois: http://www.crusetsaveurs.com